SPECTACLES 2008 - 2009   

LA MAISON DU LAC

D’après Ernest Thompson « On golden Pond » - Nouvelle adaptation de Jean Piat.
Avec Maria PACOME, Jean PIAT, Denise CHALEM, Christian PEREIRA, Damien JOUILLEROT ,
Patrice LATRONCHE
- Mise en scène de Stéphane HILLEL - Décor Edouard Laug

Piat Pacôme
Revue de presse

Notre revue de presse est au format PDF. Pour la télécharger, votre ordinateur doit être équipé du plug-in Arcrobat Reader.

Revue de Presse le FIGARO
Revue de Presse le Figaroscope de Paris

Revue de Presse le Journal du Dimanche Ile de France
Revue de Presse le PARISIEN

Revue de Presse MARIANNE
Revue de Presse Les ECHOS

LE GOÛT DE LA VIE
Rencontre avec Maria Pacôme et Jean Piat

Maria Pacôme et Jean Piat se sont souvent croisés, ont parfois partagé la même scène, à des horaires différents, mais n’ont jamais joué ensemble. La Maison du lac leur en donne pour la première fois l’occasion…

L’avant-scène théâtre : Comment expliquez-vous que vos envies de théâtre soient si intactes aujourd’hui ?
Maria Pacôme : Cela ne s’explique pas. Quand j’ai décidé d’arrêter le théâtre, après L’Éloge de ma paresse, ma décision était défi nitive et sans appel. Mais, parce qu’il s’agit de Stéphane Hillel, qui est pour moi comme un jeune frère, parce qu’il s’agit de Jean Piat, l’un des comédiens pour lequel j’ai le plus de respect et d’estime, j’ai fi nalement dit oui pour La Maison du lac, qui, dès la lecture, m’a beaucoup intéressée. Le rôle que j’interprète ne m’a pas semblé insurmontable, et je me suis assez vite sentie en empathie avec lui.
Jean Piat : Jouer avec Maria Pacôme ne fait qu’augmenter le plaisir que j’ai de monter tous les soirs sur une scène de théâtre, pour reprendre, comme en ce moment, Prof ou De Sacha à Guitry… Si je fais autant de théâtre, c’est sans doute parce que je ne sais rien faire d’autre ! Et puis les trois heures quotidiennes que l’on passe sur les planches sont un formidable exutoire aux contrariétés que l’on peut avoir tous les jours.

AST : Jean Piat, pourquoi avez-vous écrit une nouvelle adaptation, que vous avez signée avec Pol Quentin et Dominique Piat, votre fille ?
J. P. : Je trouve que la pièce originale a tout de même un peu vieilli, mais qu’en revanche, le film, dont le scénario est également signé par Ernest Thompson, est beaucoup plus dynamique, plus moderne et joue avec plus de liberté sur les plans en intérieur et en extérieur. C’est surtout cette dimension que nous avons cherché
à retrouver ici.

AST : L’histoire d’amour qui est au centre de la pièce est-elle à vos yeux une fable de théâtre ou une réalité méconnue ?
M. P. : En ce qui me concerne, je ne m’imagine pas aimer quelqu’un sur une si longue durée. Je suis si changeante qu’à mes yeux, l’amour éternel me semble impossible dans la vie et n’existe qu’au théâtre !
J. P. : C’est sans doute une chose que les jeunes gens ignorent, mais nous appartenons, Maria et moi, à une génération pour laquelle le mariage a néanmoins un sens très fort, car il scelle un homme et une femme pour leur vie entière. Et même si la vie offre parfois à chacun des escapades sentimentales, cette union fondatrice demeure comme une colonne vertébrale jusqu’à la fi n de la vie. La Maison du lac est une véritable leçon d’amour et d’humeur.
M. P. : La femme, ici, aime son mari d’un amour énergique, car elle sent bien qu’il est le plus fragile, et qu’elle se doit d’avoir de la vigueur pour deux. Elle porte sur l’amour et sur la vie un regard joyeusement inquiet.

AST : Si la pièce a pour thème l’amour éternel, elle aborde aussi largement la question de la vieillesse. Quel regard portez-vous justement sur l’âge mûr ?
J. P. : Je trouve que la vieillesse est un âge formidable. Je regrette simplement que le répertoire dramatique ne soit pas plus riche de rôles pour comédiens âgés ! Les rôles s’étendent, grosso modo, de seize à soixante-dix ans, et même s’il paraît que nous faisons tous les deux plus jeunes que notre âge, on ne peut tout de même pas mentir tout le temps !
M. P. : C’est un fait que Jean et moi avons l’âge des rôles. Et cela nous fait beaucoup réfléchir et nous renvoie sans cesse à nous-mêmes, à nos propres questions. Mais c’est peut-être le seul point commun que nous avons avec nos personnages ! Tout le reste est joué…

AST : Comment avez-vous travaillé vos rôles
pour La Maison du lac ?

M. P. : Ce qui m’intéresse au théâtre, c’est de retrouver, par l’intermédiaire des personnages que l’on incarne et de leurs comportements particuliers, une véritable complicité entre les interprètes. C’est une chose que l’on sent dès les premières répétitions. Une fois que l’on a établi cette complicité particulière, et que l’on mémorise peu à peu le texte, il faut apprendre à s’en débarrasser, à en faire un automatisme. C’est à ce prix seulement que l’on peut commencer à faire exister un personnage, et à le relier aux autres. Maintenant que je suis au stade où je peux enfi n évoluer plus librement avec le texte, je vois combien la femme que j’incarne doit posséder d’énergie, d’amour, de tendresse et de dérision pour supporter un mari aussi diffi cile à vivre, qu’elle ne cesse de bousculer pour le faire réagir, et changer !
J. P. : C’est aussi notre expérience de la vie qui nous permet de retrouver la vérité des personnages et les faire vivre sur les planches. D’ailleurs, pour bien comprendre ceux de La Maison du lac, il faut sans doute avoir été mère ou père et chercher en soi-même de quoi nourrir son rôle. Au théâtre, à la différence du cinéma où tout est fi gé à la prise de vue, le comédien et son personnage s’apprivoisent au fil des répétitions et des représentations. L’acteur peut avance tous les jours un peu plus dans l’intelligence et la profondeur de l’interprétation.

AST : En quoi le théâtre est-il irremplaçable à
vos yeux ?

M. P. : Il l’est parce qu’il exige beaucoup de vous, qu’il demande un travail considérable, mais qu’il ne vous le fait jamais regretter.
J. P. : Il faut avoir entendu le silence unique d’une salle de théâtre quand le noir se fait et que l’acteur entre en scène pour comprendre
que le théâtre est irremplaçable, même si, comme le dit Maria, c’est un art d’une exigence inouïe. Et au théâtre, la technique doit être irréprochable pour que l’on vous entende. Je remarque d’ailleurs que, chez la plupart des jeunes comédiens et plus spécialement chez ceux qui viennent du cinéma, elle est trop souvent absente. Ils apprennent à parler juste, tandis qu’il faudrait parler large, parce que vos paroles s’adressent à une salle qui vit, où l’on entend des craquements de fauteuil, des toux, des chuchotements… Or si vous parvenez à vous imposer au public par votre gestuelle et par votre voix, si vous maîtrisez l’impact de vos mots, alors vous domptez votre auditoire et vous tenez la corde. Mais je crains qu’aujourd’hui l’on fasse trop travailler les comédiens sur la vérité, et non pas sur la virtuosité vocale. Il faudrait presque parler comme si l’on s’exprimait en vers.

Propos recueillis
par Olivier Celik